Dans mon cabinet, la Trump Gold Card est l’un des sujets les plus fréquents depuis début 2026. La même question revient souvent : « Faut-il attendre la Gold Card ou aller sur l’EB-5 ? » Ma réponse est invariablement la même : en matière d’immigration, la nouveauté spectaculaire ne remplace pas la solidité juridique. Et à ce jour, les faits parlent d’eux-mêmes.
– Marcelle Poirier, Avocate en Immigration · Miami Beach, Floride

Le 23 avril 2026, le secrétaire au Commerce Howard Lutnick témoignait devant une commission du Congrès américain. La question qui lui était posée était simple : combien de Trump Gold Cards ont été approuvées à ce jour ? Sa réponse : une seule. Cela, six mois après le lancement officiel du programme en décembre 2025, et après des mois d’annonces tonitruantes promettant de « révolutionner » l’immigration pour investisseurs.

Cet article analyse objectivement les deux programmes, la Trump Gold Card et le visa EB-5, pour vous aider à prendre une décision éclairée. Nous examinons leur cadre légal, leur statut opérationnel, leurs risques respectifs, et ce que cela signifie concrètement pour un investisseur étranger souhaitant obtenir la Green Card américaine.

L’essentiel en chiffres

  • Gold Cards approuvées à ce jour (23 avril 2026) : 1
  • Personnes sur la liste d’attente Gold Card (juin 2025) : 70 000 (selon Lutnick)
  • Date de lancement officiel de la Gold Card : Décembre 2025
  • Recours judiciaire en cours contre la Gold Card : Oui, AAUP v. Department of Homeland Security, déposé le 3 février 2026
  • EB-5 : année de création du programme : 1990 – 35 ans d’histoire
  • EB-5 : pétitions traitées par l’USCIS en FY2024 : Plus de 13 000 (augmentation de 150 % vs 2023)
  • EB-5 : taux de refus I-526E post-RIA 2022 : Moins de 3 %
  • EB-5 : montant minimum (zone TEA) : 800 000 $ (jusqu’au 30 septembre 2026)
  • EB-5 : autorisation du programme Regional Center : Jusqu’au 30 septembre 2027

 

1. Qu’est-ce que la Trump Gold Card ?

La Trump Gold Card est un programme d’immigration par l’investissement annoncé par le président Donald Trump en février 2025, lancé officiellement en décembre 2025, et formalisé par le décret exécutif 14351 signé le 19 septembre 2025. Il propose à des ressortissants étrangers une voie accélérée vers la résidence permanente américaine en échange d’un « don » au gouvernement américain, non d’un investissement productif dans l’économie.

Les différentes formules proposées

-Trump Gold Card (individuelle) : 1 million de dollars de « contribution » au gouvernement américain + 15 000 $ de frais de traitement DHS non remboursables. En échange : éligibilité accélérée à une résidence permanente via les catégories EB-1 ou EB-2 existantes.

-Trump Corporate Gold Card (entreprise) : 2 millions de dollars versés par une entreprise pour sponsoriser un employé étranger + frais de traitement DHS.

-Trump Platinum Card (en attente de lancement) : 5 millions de dollars pour un séjour de 270 jours par an aux États-Unis sans imposition américaine sur les revenus étrangers. Ce produit, présenté initialement comme le programme phare, n’avait pas encore été lancé au moment de la rédaction de cet article.

Comment le programme fonctionne-t-il sur le plan juridique ?

C’est ici que la complexité et les risques commencent. La Gold Card ne crée pas une nouvelle catégorie de visa. Elle s’appuie sur deux catégories d’immigration existantes, créées par le Congrès : l’EB-1A (aptitude extraordinaire) et l’EB-2 NIW (National Interest Waiver). Ces deux catégories ont été conçues pour récompenser le mérite — reconnaissance internationale, publications scientifiques, apport exceptionnel à l’intérêt national américain.

La Gold Card propose de traiter un « don financier » au gouvernement comme une preuve équivalente de mérite. Pour déposer un dossier, l’investisseur remplit le formulaire I-140G — un formulaire spécifiquement créé pour le programme par l’USCIS, sans base légale explicite dans l’Immigration and Nationality Act (INA).


2. Les risques légaux de la Gold Card : ce que disent les experts

La Trump Gold Card est l’un des programmes d’immigration les plus contestés sur le plan constitutionnel depuis des décennies. Les critiques ne viennent pas que des opposants politiques, elles émanent d’experts en droit constitutionnel, d’avocats spécialisés en immigration et d’organisations professionnelles reconnues.

Le problème fondamental : seul le Congrès peut créer des catégories d’immigration

La Constitution américaine est claire sur ce point. L’Article I, Section 8 confère au Congrès le pouvoir exclusif d’établir les règles d’immigration et de naturalisation. Le Take Care Clause (Article II) limite le président à l’exécution des lois existantes, pas à leur création.

La American Immigration Lawyers Association (AILA) a déclaré publiquement que tout nouveau programme de visa « doit être créé par une loi votée par le Congrès ». Shev Dalal-Dheini, directrice des relations gouvernementales de l’AILA, a été explicite : si un tribunal déclare le programme illégal, les demandeurs risquent de ne pas récupérer leur million de dollars.

Le recours judiciaire en cours : AAUP v. DHS

Le 3 février 2026, un recours fédéral a été déposé devant le tribunal de district du District de Columbia (AAUP v. Department of Homeland Security, No. 1:26-cv-00300). La plainte a été déposée par l’American Association of University Professors et six professionnels immigrants. Elle conteste la Gold Card sur la base de :

  • L’Administrative Procedure Act (APA) : le programme a été créé sans procédure réglementaire de « notice and comment », contournant ainsi le processus légal standard
  • L’Immigration and Nationality Act (INA) : le Congrès a seul autorité pour définir les critères d’éligibilité aux catégories EB-1 et EB-2
  • La Constitution : le Congrès dispose du pouvoir exclusif de réguler l’immigration et de lever des impôts

La plainte soulève également que le programme détourne des visas EB-1 et EB-2, limités à environ 80 000 par an, au détriment de chercheurs, médecins et professionnels hautement qualifiés qui attendent souvent des années pour les obtenir.

Trois risques financiers majeurs pour les demandeurs

Risque 1: Perte des 15 000 $ de frais de traitement : 

Ces frais sont explicitement décrits comme non remboursables sur le site officiel trumpcard.gov, quels que soient les résultats de votre dossier ou l’issue des recours judiciaires.

Risque 2: Perte du million de dollars : 

Si le tribunal invalide le programme, aucun mécanisme de remboursement n’a été prévu. Les demandeurs devraient poursuivre le gouvernement américain en justice, une procédure longue, coûteuse et incertaine.

Risque 3: Révocation du statut : 

Si une approbation a été accordée sur une base juridique ultérieurement invalide, la résidence permanente accordée pourrait théoriquement être révoquée. Un risque sans équivalent dans le cadre de l’EB-5, programme ancré dans une loi votée par le Congrès.

 

3. Le programme EB-5 : 35 ans de cadre légal éprouvé

Face à l’incertitude juridique de la Gold Card, le programme EB-5 offre un contraste saisissant : 35 ans d’histoire législative, un cadre jurisprudentiel solide, des milliers d’avocats spécialisés et de Regional Centers agréés, et un bilan chiffré.

Un programme ancré dans la loi depuis 1990

Le programme EB-5 a été créé par le Congrès américain par la loi Immigration Act of 1990, codifiée à la Section 203(b)(5) de l’Immigration and Nationality Act (INA). Il n’est pas le produit d’un décret exécutif, il est une loi fédérale, adoptée par les deux chambres et signée par le président. Cela signifie qu’il ne peut être aboli que par une nouvelle loi du Congrès. Le président ne peut pas l’éliminer unilatéralement par décret.

En mars 2022, le Congrès a adopté le EB-5 Reform and Integrity Act (RIA), qui a profondément renforcé le programme : nouveaux mécanismes de protection des investisseurs, renforcement des audits des Regional Centers, nouvelles catégories de visas réservées, et autorisation du programme Regional Center jusqu’au 30 septembre 2027.

Ce que l’EB-5 apporte que la Gold Card n’apporte pas

– Une jurisprudence de 35 ans : Des milliers de décisions de l’USCIS, des jugements de tribunaux fédéraux, et une doctrine juridique établie permettent de prévoir avec précision comment votre dossier sera instruit.

– Des avocats spécialisés et expérimentés : L’EB-5 a généré un écosystème professionnel complet avec des avocats, économistes, administrateurs de fonds, agents enregistrés. Ce réseau n’existe pas encore pour la Gold Card.

– Un investissement productif, pas un don : Contrairement à la Gold Card où les fonds sont versés directement au gouvernement sans contrepartie économique, l’EB-5 exige un investissement dans une entreprise américaine créant des emplois. Les fonds restent dans l’économie productive et peuvent être récupérés.

– Une protection légale contre l’arbitraire : Si un Regional Center est radié par l’USCIS, le RIA 2022 prévoit des mécanismes explicites de protection pour les investisseurs de bonne foi. Aucun mécanisme équivalent n’existe dans le cadre de la Gold Card.


4. La Gold Card cherche-t-elle à remplacer l’EB-5 ?

C’est l’une des questions les plus fréquentes, et les plus importantes, que je reçois de mes clients. La réponse courte : non, du moins pas encore, et probablement pas sans intervention du Congrès.

En février 2025, le secrétaire au Commerce Howard Lutnick avait déclaré que la Gold Card « remplacerait » l’EB-5. Mais les experts en droit constitutionnel ont rapidement rappelé une réalité fondamentale : le président ne peut pas abolir un programme créé par le Congrès par simple décret. L’EB-5 est une loi fédérale. La supprimer requiert une nouvelle loi, votée par les deux chambres et signée par le président.

En pratique, l’EB-5 continue de fonctionner normalement. Le programme Regional Center est autorisé jusqu’au 30 septembre 2027. Les pétitions I-526E continuent d’être déposées et traitées par l’USCIS. Et les approbations continuent d’être accordées par milliers, chaque année.

Pour un investisseur francophone qui souhaite la Green Card en 2026, attendre une hypothétique réforme de la Gold Card pour espérer remplacer l’EB-5 n’est pas une stratégie. C’est une prise de risque non justifiée face à un programme qui fonctionne.

 

5. Gold Card ou EB-5 : pour quel profil ?

Compte tenu de l’état actuel des deux programmes, voici l’analyse objective que je partage avec mes clients en consultation.

L’EB-5 est le bon choix si :

  • Vous cherchez une voie vers la Green Card juridiquement sécurisée et éprouvée
  • Vous êtes prêt à investir 800 000 $ (zone TEA) dans un projet qui peut vous être restitué
  • Vous souhaitez déposer avant le 30 septembre 2026 pour bénéficier de la protection grandfathering
  • Vous n’avez pas de profil EB-1A (aptitude extraordinaire) ou EB-2 NIW (intérêt national) indépendant de l’argent
  • Vous êtes français ou canadien et vous ne voulez pas attendre que la jurisprudence Gold Card se stabilise

La Gold Card pourrait mériter votre attention si :

  • Vous avez déjà un profil EB-1A ou EB-2 NIW solide et indépendamment qualifiable, la Gold Card peut théoriquement accélérer le traitement
  • Vous êtes prêt à tolérer un risque juridique réel sur votre investissement d’un million de dollars
  • Vous attendez que le recours judiciaire (AAUP v. DHS) soit tranché avant d’agir
  • Vous avez les ressources pour absorber une perte totale des fonds si le programme est invalidé

Ma recommandation professionnelle pour la très grande majorité des investisseurs est sans ambiguïté : le programme EB-5 offre aujourd’hui le cadre le plus solide, le plus prévisible et le mieux protégé pour obtenir la Green Card américaine par l’investissement. La Gold Card, dans son état actuel, introduit des risques juridiques et financiers qui n’ont aucun équivalent dans le cadre EB-5.


6. Le facteur temps : pourquoi l’EB-5 est encore plus urgent qu’il ne le semble

Si la comparaison Gold Card / EB-5 vous conforte dans le choix de l’EB-5,  ce qui est la conclusion logique au regard des faits disponibles, il reste une réalité calendaire à intégrer immédiatement.

Le 30 septembre 2026 : la deadline que vous ne pouvez pas manquer

Toute pétition EB-5 déposée avant le 30 septembre 2026 bénéficie de la protection de grandfathering du EB-5 Reform and Integrity Act de 2022. Cette protection garantit que votre dossier sera instruit selon les règles actuellement en vigueur, même si le programme est modifié ou si le Congrès ne le renouvelle pas en 2027.

Après cette date, et jusqu’au 31 décembre 2026, vous pouvez encore déposer avec le même seuil de 800 000 $, mais sans cette protection. À partir du 1er janvier 2027, le montant minimum d’investissement augmente automatiquement, les projections indiquant une hausse à 900 000 $–937 500 $ pour les projets TEA.

La préparation du dossier de source des fonds, étape incontournable de toute pétition EB-5, prend en moyenne 2 à 4 mois pour un profil standard, et jusqu’à 6 mois pour des patrimoines complexes. Chaque semaine passée à « surveiller la Gold Card » est une semaine de moins pour préparer un dossier EB-5 solide.

 

La Trump Gold Card est un programme séduisant sur le papier, une promesse de simplicité et de rapidité dans un processus d’immigration souvent perçu comme complexe. Mais la réalité, à la date d’aujourd’hui, est celle-ci : une seule approbation, un recours fédéral en cours, aucun mécanisme de remboursement, et une incertitude constitutionnelle que les experts les plus sérieux ne peuvent pas écarter.

L’EB-5, lui, a 35 ans de fonctionnement, des milliers d’approbations annuelles, un cadre juridique voté par le Congrès, et des protections renforcées depuis le RIA 2022. Pour un investisseur français ou québécois souhaitant obtenir la Green Card américaine en 2026, le choix objectif est clair.

La fenêtre optimale pour l’EB-5, avec la protection grandfathering et le seuil d’investissement actuel de 800 000 $ — se ferme le 30 septembre 2026. Agir maintenant, c’est choisir la certitude plutôt que la spéculation.

 

Sources et références

Toutes les sources utilisées dans cet article sont officielles, institutionnelles ou issues de grands médias de référence. Aucune source ne provient d’un cabinet juridique concurrent.

  1. Témoignage de Howard Lutnick devant le Congrès (23 avril 2026) – une seule Gold Card approuvée | NBC News nbcnews.com/news/us-news/trumps-gold-card-visa-starting-1-million-granted-just-1-person-far-whi-rcna341855 
  2. Site officiel Trump Gold Card – trumpcard.gov – trumpcard.gov 
  3. Wikipedia – Trump Gold Card (chronologie complète du programme)  en.wikipedia.org/wiki/Trump_Gold_Card 
  4. Executive Order 14351 (19 sept. 2025) – création formelle du programme Gold Card federalregister.gov/executive-order/14351 
  5. Recours judiciaire AAUP v. DHS (3 fév. 2026) | EB-5 Insights eb5insights.com/2026/02/04/lawsuit-challenges-gold-card 
  6. Columbia Undergraduate Law Review – Analyse constitutionnelle de la Gold Card (déc. 2025)  culawreview.org/journal/a-constitutional-analysis-of-trumps-gold-card-visa-program-1 
  7. AILA (American Immigration Lawyers Association) –  « Un nouveau visa doit être créé par une loi du Congrès » | Axios 
    axios.com/2025/12/12/trump-gold-card-visa-website-h1b 
  8. CNBC – La Gold Card et les risques légaux pour les acheteurs (déc. 2025)  cnbc.com/2025/12/19/trump-gold-card-wealth-immigration-questions.html 
  9. Fortune – La Gold Card : une seule vente, des questions sur la faisabilité (avr. 2026) fortune.com/2026/04/28/trump-gold-card-visa-tariffs-revenue-national-debt 
  10. USCIS – About the EB-5 Visa Classification uscis.gov/working-in-the-united-states/permanent-workers/employment-based-immigration-fifth-preference-eb-5/about-the-eb-5-visa-classification 
  11. USCIS – Approved EB-5 Regional Centers (580 actifs au 22 sept. 2025) uscis.gov/working-in-the-united-states/permanent-workers/employment-based-immigration-fifth-preference-eb-5/eb-5-immigrant-investor-regional-centers/approved-eb-5-immigrant-investor-regional-centers 
  12. IIUSA – EB-5 Program Best Practices FAQ, août 2025 iiusa.org/wp-content/uploads/2025/08/IIUSA-Frequently-Asked-Questions_FINAL_8.5.2025.pdf 
  13. EB-5 Reform and Integrity Act of 2022 (RIA) – Public Law 117-103 congress.gov/117/plaws/publ103/PLAW-117publ103.pdf 


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